Les porteurs d'eau

Les porteurs d'eau de Capvern-les-Bains




Frédéric et Gilbert terminent l'embouteillage avant la tournée du petit matin. /Photo DDM P.C.

Sur le pont dès 3 heures du matin, Frédéric et Gilbert remplissent et livrent les bouteilles d'eau destinées aux curistes de Capvern... avant de retourner travailler à leur ferme.

Lovée dans sa vallée, bien à l'abri de sa couverture d'arbres et pelotonnée à l'orée des Baronnies, Capvern-les-Bains dort. Alignement d'hôtels silencieux, pensions aux volets tirés, mémoire Belle époque que ravive soudain l'éclairage jaunissant les façades… il est trois heures du matin, les curistes se reposent. Pas une lumière aux fenêtres, pas un bruit, donc. Sauf là-bas… dans ce bâtiment à côté des Grands Thermes, au rez-de-chaussée de la buvette, à la source d'Hount Caoute où deux hommes s'activent sans un mot.
Grande salle dallée de marbre aux néons allumés, bruit de verres entrechoqués sur une ligne puis dans des casiers…. Gilbert Peres remplit d'eau les bouteilles que Frédéric Claverie étiquette sur leur bouchon de la date du jour. « Et aujourd'hui ça va, c'est le début de la saison, on n'a que 150 litres à faire mais l'été, ça monte à 500 voire 600 litres » précise Frédéric tandis que Gilbert commence à charger la fourgonnette.
Gilbert et Frédéric ? Les seuls porteurs d'eau des Pyrénées, sans doute. Car ici à Capvern, station où l'on traite principalement les calculs rénaux, les affections de l'appareil digestif et l'obésité, aussi, la cure a sa spécificité : le portage à domicile du litre quotidien afin que le patient puisse boire allongé et bénéficier dès son réveil des vertus diurétiques de cette eau un brin « crayeuse » sur la langue.
Revenu de complément
Ce faisant… 18 ans donc que Frédéric, 40 ans, fait la tournée pour déposer les bouteilles devant les portes. « Et moi ça fait 4 ans » enchaîne Gilbert, 57 ans qui trouve là lui aussi un revenu de complément. Car tous les deux sont éleveurs. 30 vaches pour Frédéric, à Mauvezin, 140 pour Gilbert, à Ricaud… « Sans les 1 000 € mensuels que ça nous rapporte durant la saison, du 28 mars au 29 octobre, vivre seulement avec la ferme, ce serait très dur, c'est un revenu indispensable pour nous » concèdent-ils l'un comme l'autre.

« 20 bouteilles pour La Source » annonce Frédéric au volant, « Cinq » plus loin à servir en « 3+2 » continue-t-il en suivant le listing tandis que Gilbert descend pour remplacer les vides par des pleines… « On respecte l'horaire parce que certains curistes attendent déjà notre passage » commente Frédéric. Témoin celui-là qui sort soudain, bien avant l'heure du laitier.

De 3 h 30 à 5 heures, ils enchaînent ainsi jusqu'aux locations les plus éloignées de Capvern village, là-haut. Puis c'est le retour vers la station en prenant par l'antique voie romaine qui passait déjà par ces célèbres « Aquae Converanum » bénéfiques pour la santé. « Après ? La tournée finie, on fait le linge aux thermes du Bouridé, puis on fera l'entretien du parc » poursuivent-ils. Et il sera 8 heures passées, l'heure de rentrer à la ferme. L'heure de s'occuper des bêtes. Avec juste une sieste entre 10 heures et midi. Sauf l'été. « Le moment le plus dur, parce qu'il y a les foins à faire, qu'on finit tard le soir et qu'il faut quand même se lever tous les jours à 2 h 30 pour réattaquer au plus fort de la saison. Alors là, la fatigue, oui, elle y est… Mais aujourd'hui, un paysan, s'il veut s'en sortir, est-ce qu'il a le choix ? »

Offrez
un chèque cadeau

Chèque cadeau

Tarifs et réservation en ligne

Boutique en ligne

Boutique en ligne

Voir les produits